Certains affirment que les logiciels open source seraient plus « durables » que les logiciels propriétaires. Sur quels critères se basent-ils ? Pourquoi, comment et sous quelles conditions cette position serait vraie ? La gratuité des logiciels open source est-elle à prendre en compte dans une analyse de durabilité du système d’information ? Cette affirmation souvent militante est-elle à prendre en compte dans la mise en place d’une démarche d’un SI éco-responsable ?
Lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992, 173 chefs d’état ont adopté un plan d’actions pour le 21e siècle appelé Agenda 21 (ou Action21). Pour la plupart des spécialistes, l’Agenda 21 et ses 40 articles représentent les fondements du Développement Durable. Or à l’article 40.24, il est écrit que :
« Les organisations du système des Nations Unies ainsi que d’autres organisations gouvernementales et non gouvernementales doivent établir une documentation et partager les données concernant les sources d’information qui existent dans leurs organisations respectives. Les programmes existants tels que le Comité consultatif pour la coordination des systèmes d’information (CCCSI) et le Système international d’information sur l’environnement (INFOTERRA) doivent être revus et renforcés selon que de besoin. Il faut encourager la mise en place de mécanismes d’établissement de réseaux et de coordination entre les nombreuses autres parties prenantes et prévoir en particulier la conclusion d’arrangements avec les organisations non gouvernementales pour le partage d’information et l’organisation d’activités de donateurs aux fins du partage d’information sur les projets de développement durable. Il faut encourager le secteur privé à renforcer les mécanismes de partage de données d’expérience et d’information sur le développement durable. »
Et à l’article 40,25 : « Les pays, les organisations internationales, notamment celles du système des Nations Unies, et les organisations non gouvernementales doivent mettre à profit diverses initiatives de création de liaisons électroniques pour appuyer le partage de l’information, donner accès aux bases de données et aux autres sources d’information, faciliter la communication afin de réaliser des objectifs plus larges tels que l’exécution du programme Action 21 »1

Le partage de l’information est le fondement même des logiciels open source. L’échange d’informations et la solidarité entre les différents utilisateurs ou « membres » de la communauté open source sont également des valeurs du développement durable.
Pour ces logiciels le code source est ouvert comme l’indique la définition de « Open Source » dans Wikipédia : « La désignation Open Source, « source ouverte » en français ou code source libre, s’applique aux logiciels dont la licence respecte des critères précisément établis par l’Open Source Initiative, c’est-à-dire la possibilité de libre redistribution, d’accès au code source, et de travaux dérivés. ».2
La possibilité d’avoir accès au code source permet à chacun de s’approprier le logiciel, de le modifier et de le partager. Le simple fait que les sources soient disponibles, accessibles et connus par des milliers de membres de la communauté assure aux utilisateurs de ne pas être pris en « otages » par un éditeur qui peut décider du jour au lendemain de modifier ses prix de vente ou son modèle économique basé aujourd’hui sur la vente de licences. Les exemples sont nombreux de logiciels open source modifiés par les utilisateurs qui apportent de nouvelles fonctionnalités au logiciel de départ. Le plus connu est probablement le navigateur internet FireFox et ses nombreuses extensions développées par la communauté open source.
Il est admis que les logiciels open source ont besoin de moins de puissance pour fonctionner même si, à notre connaissance, aucune étude impartiale n’existe sur ce sujet. Il est vrai que la plupart des sociétés qui proposent des ordinateurs de seconde main sont obligées d’utiliser des logiciels open source pour les faire fonctionner. Certaines entreprises ont mis en place des solutions très intéressantes qui permettent de prolonger la durée de vie des PC et donc de limiter les déchets. On peut citer le projet de la société Plastigray qui, avec une opération de ce type, a un bilan environnemental extrêmement positif.3
La gratuité des logiciels open source renforce cette ouverture au plus grand nombre. Le modèle économique mis en place par les SSLL (Sociétés de Service en Logiciels Libres) est viable notamment en France qui est un des pays leader dans l’utilisation de ces logiciels. Ce modèle repose essentiellement sur le service et sur l’usage de l’informatique pour les utilisateurs. Il ne propose plus des logiciels « standards » avec de très nombreuses fonctionnalités peu utilisées mais sur des logiciels adaptés qui couvrent le besoin, souvent simple, des utilisateurs.
Le diagramme ci-dessous tiré du site « Logiciels Libres et Développement Durable »4 résume parfaitement le recouvrement entre les logiciels open source et le développement durable.

Un des meilleurs exemples de la philosophie des logiciels open source est l’encyclopédie libre Wikipédia. Chaque personne qui le souhaite apporte un article ou sa contribution à un article existant. Bien évidemment des modérateurs contrôlent ce qui écrit. Le résultat est saisissant ; une encyclopédie très complète, mise à jour pratiquement en temps réel, traduite dans de nombreuses langues, sans publicité et entièrement gratuite (même si un don est toujours le bienvenu …). Ce genre de projet communautaire était impensable il y a quelques années ; c’est aujourd’hui possible et cela représente, pour la population mondiale, une vraie valeur ajoutée et l’accès à la connaissance au plus grand nombre, notamment pour les populations les plus démunies si, bien évidemment, elles ont accès à l’informatique.
Afin de bien comprendre ce que représente ces valeurs de l’open source, imaginez un seul instant que, par exemple, la recherche médicale soit basée sur le même modèle que Wikipédia. Une seule et même grande encyclopédie avec l’ensemble des travaux de recherche, alimentée au fur et à mesure des résultats. Si cela existait, il est fort probable que les bénéfices des entreprises dans ce secteur seraient en baisse mais que globalement la santé de la population mondiale serait bien meilleure.
Les logiciels open source sont donc précurseurs d’un nouveau type de relations entre les êtres humains plus proches des valeurs véhiculées par le développement durable. Celles-ci induisent une mutation vers l’économie du partage pour le plus grand bénéfice des populations. Mais est-ce que les logiciels open source seront suivis dans cette approche par d’autres domaines ou resteront-ils une exception ?
Cet article est extrait (avec le concentement et la bénédiction de l’auteur
du livre Systèmes d’information et développement durable
N’hésitez pas, si vous souhaitez aller plus loin dans la démarche.